Le projet sera dévoilé ce soir à 20 h à la salle de spectacle de Renens, rue de Lausanne 37. Entrée libre
«Pour moi, c’est vite vu, soit tu m’aimes, soit tu ne m’aimes pas et tu pars. Mais je ne me laisse pas rabaisser!» Gresa, 17 ans, n’est pas du genre à se laisser impressionner. C’est pour cela qu’elle a accepté de participer à la campagne contre la violence sexuelle «Nom de code: Respect pour toutes et tous», supervisée par Nicolas Perelyguine, délégué à la Jeunesse pour la ville de Renens. Ce projet-pilote, adapté de la campagne «Respekt ist Pflicht» menée en Suisse alémanique par l’association Arip, devrait servir de base pour une campagne d’affichage. Il sera présenté ce soir à la salle de spectacle de la ville.
Les affiches ont été entièrement réalisées par les six adolescentes et renvoient l’image de jeunes femmes confiantes et déterminées afin de sensibiliser et renforcer l’estime personnelle des jeunes filles trop souvent victimes de contraintes sexuelles de la part de camarades.
Marion, 15 ans, a également posé pour les affiches et participé aux ateliers sur le respect proposé dans le cadre de ce projet. «J’y ai appris beaucoup de choses sur moi-même, confie-t-elle. Il faut apprendre à se faire respecter. Ne jamais se rabaisser, ne pas se laisser insulter. C’est essentiel.» Pour Gresa, aussi, la campagne participative a été instructive: «Dans mon entourage, je n’ai heureusement encore jamais entendu parler de tels abus. Mais si cela arrivait, maintenant je saurais comment aider cette personne, à qui m’adresser.»
Pornographie omniprésente
En 2009, 145 actes d’ordre sexuel avec des enfants commis par des jeunes entre 10 et 17 ans ont été jugés en Suisse. S’y ajoutent 117 mineurs prévenus pour contraintes sexuelles. Dans 39 cas, ils l’ont été pour viols, dont 9 commis par des enfants entre 10 et 14 ans. Dans la grande majorité des cas, les victimes sont des filles, les auteurs des garçons. Ces chiffres qui font froid dans le dos ne représentent pourtant que les actes dénoncés.
C’est suite au drame de Schmitten, où des adolescents avaient abusé d’une camarade de classe en 2006, que l’idée de la campagne est née. «Nous avions alors constaté que l’on ne parlait jamais de la victime. Nous avons voulu donner une voix aux jeunes filles victimes d’abus et prévenir ce genre de drames en montrant aux adolescentes comment s’affirmer et comment refuser certaines pratiques», explique Dinah Zanetti, chef de projet pour l’association Arip, spécialisée dans la pédagogie axée sur l’égalité des sexes.
Car si l’on ne note pas une forte augmentation des cas d’abus entre jeunes, une grande lacune subsiste au niveau de l’éducation sexuelle: «Aujourd’hui, les enfants sont confrontés partout à la pornographie et à l’image de femmes-objets», déplore Dinah Zanetti. «Du coup, on a l’impression qu’ils savent tout sur le sexe, mais en leur parlant, on réalise que ce n’est pas le cas. Bien au contraire.» Pour Gresa, le flux d’images montrant des femmes-objets est acceptable dans les clips. «Question d’habitude. On en voit tous les jours. Mais il faut bien distinguer la télévision de la vraie vie. Jamais je ne tolérerai cela dans la réalité.»
Le manque d’éducation, Chantal Ostorero, vice-présidente de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, le déplore également, même si la Romandie est bien mieux lotie en matière d’éducation sexuelle à l’école que les cantons alémaniques. «Nous travaillons à offrir aux jeunes une meilleure compréhension du sexe. Ils ne sont pas plus précoces qu’avant. C’est le contexte qui a changé. La majorité a une réaction saine face à l’abondance de la pornographie, mais pour ceux qui dérapent, c’est souvent lié au manque d’information.»
Egalement investi dans ce projet, le site CIAO, destiné aux jeunes de moins de 20 ans, lance un blog sur le respect. Durant un mois, il sera modéré par 9 jeunes de 15 à 17 ans. Un manuel de prévention, reprenant les visuels de la campagne, sera en outre édité par la fondation suisse pour la santé sexuelle et reproductive, PLANeS. «Les jeunes ont vraiment besoin d’une éducation sexuelle plus poussée. Il faut, en plus de l’acte, leur décrire ce qu’est une relation, comment on se comporte en couple, détaille Fausta Borsani de la fondation PLANeS. Bref, leur parler de respect.»